Pour créer une entreprise sociale et solidaire dans les Hauts-de-France, la première étape consiste à solliciter Starter ESS, l'accompagnement régional dédié aux porteurs de projet de l'économie sociale et solidaire et aux entreprises ESS de moins de trois ans. Cet accompagnement est gratuit pour le porteur, mis en œuvre par treize opérateurs territoriaux sur l'ensemble de la région, et il couvre à la fois la phase de préparation et le suivi après la création. Au-delà de Starter ESS, d'autres dispositifs régionaux de droit commun, comme START'UP ou le Plan Booster TPE, peuvent compléter le financement, à condition de vérifier leurs critères d'éligibilité, souvent pensés pour des sociétés commerciales plutôt que pour des associations.
Cet article détaille ce que finance concrètement Starter ESS, comment articuler ce dispositif avec les aides régionales ouvertes aux entreprises classiques, et quelles erreurs évitent les porteurs de projet ESS du Nord et du Pas-de-Calais lorsqu'ils construisent leur plan de financement.
L'économie sociale et solidaire, souvent abrégée en ESS, regroupe des structures dont l'activité économique poursuit un objectif d'utilité sociale ou d'intérêt général, avec une gouvernance et un partage de la valeur qui diffèrent d'une société commerciale classique. Ces structures prennent des formes juridiques variées : association, coopérative sous ses différentes déclinaisons, ou société commerciale qui a obtenu une reconnaissance spécifique liée à son objet social. Les entreprises d'insertion par l'activité économique, par exemple, relèvent elles aussi de ce champ, sous des statuts juridiques divers.
Le choix de la forme juridique la mieux adaptée à un projet ESS, comme pour n'importe quelle création d'entreprise, dépend du nombre d'associés, du mode de gouvernance souhaité, du régime fiscal et des responsabilités attachées à chaque statut. Ce choix se construit avec un expert-comptable ou un professionnel de la création d'entreprise, qui pourra évaluer la situation précise du porteur de projet : cet article ne traite pas des formalités d'immatriculation, qui ne sont pas son objet.
Ce qui importe pour la suite de cet article, c'est que la forme juridique retenue conditionne ensuite l'accès à certains dispositifs régionaux. Une association, par exemple, n'est en général pas inscrite au registre du commerce et des sociétés ni au répertoire des métiers, ce qui restreint son accès à des aides construites pour des entreprises commerciales.
Starter ESS est le dispositif de la Région Hauts-de-France consacré à l'accompagnement à la création d'entreprise sociale et solidaire. Il s'adresse aux porteurs de projet ESS ainsi qu'aux entreprises ESS de moins de trois ans d'existence. L'accompagnement proposé couvre la phase ante-création, avec un diagnostic du projet et un appui économique, juridique, comptable et financier, puis un suivi après la création de la structure.
Ce parcours est gratuit pour le porteur de projet. Il est mis en œuvre par treize opérateurs territoriaux répartis sur la région, et environ 400 porteurs de projet et entreprises sont accompagnés chaque année dans ce cadre, selon la fiche du Guide des aides de la Région Hauts-de-France.
Le dispositif cible deux publics : les personnes qui portent encore un projet de création d'entreprise ESS, et les entreprises ESS déjà créées depuis moins de trois ans qui ont besoin d'un appui pour consolider leur modèle. Cette durée de trois ans distingue Starter ESS de dispositifs régionaux plus généraux, souvent limités à l'amorçage ou, à l'inverse, réservés à des entreprises plus anciennes.
La phase ante-création vise à objectiver la viabilité du projet, avec un diagnostic qui porte sur le modèle économique, les aspects juridiques liés au choix de la forme ESS envisagée, la comptabilité prévisionnelle et le plan de financement. Une fois l'entreprise créée, le suivi post-création accompagne la structure pendant ses premières années, une période où une entreprise ESS, comme toute jeune entreprise, reste fragile. Pour connaître l'opérateur territorial compétent sur son secteur, le porteur de projet consulte la fiche dédiée du Guide des aides de la Région Hauts-de-France.
Starter ESS finance de l'accompagnement, pas de l'investissement matériel. Pour financer du matériel, de l'aménagement ou des investissements incorporels liés au projet, un porteur de projet ESS doit se tourner vers les dispositifs régionaux de droit commun, listés dans le guide des aides de la Région Hauts-de-France. Encore faut-il vérifier, pour chacun, si la forme juridique retenue pour la structure ESS correspond aux critères d'éligibilité.
START'UP est l'aide régionale à la création ou à la reprise d'une entreprise génératrice d'activités économiques à potentiel et d'emplois. Elle s'adresse à des entreprises ayant leur siège social et une activité en Hauts-de-France, dont le dirigeant n'a pas de mandat de gestion dans une autre société commerciale, dont le capital n'est pas détenu à 50 % ou plus par une ou plusieurs autres sociétés, et qui créent au moins trois emplois en CDI équivalent temps plein après le dépôt de la demande. La subvention est calculée à 5 000 euros par emploi créé, avec un minimum de 3 ETP et un plafond de 40 ETP, soit un montant compris entre 15 000 et 200 000 euros, majorable d'un bonus REV3 de 5 000 euros. Le dossier se dépose via la plateforme DOSU, le dossier unique entreprise.
Ce dispositif raisonne en termes de capital social et de mandat de gestion, des notions qui ne s'appliquent pas de la même façon à une association. Pour une société commerciale qui porte un projet ESS, les mêmes critères que pour toute entreprise s'appliquent, y compris la création d'au moins trois emplois, ce qui écarte d'emblée les projets de petite taille portés en solo.
Le Plan Booster TPE Artisans-Commerçants finance, par l'intermédiaire de la CCI et de la CMA, un accompagnement-conseil structuré autour de six modules, dont un module « Transmission » centré sur la préparation d'une cession. Le premier accompagnement est totalement pris en charge par la Région et le FEDER. Ce dispositif exclut cependant explicitement les associations et les holdings de son champ d'éligibilité, en plus des professions libérales, des activités financières et immobilières, de la formation, du conseil et des bureaux d'études. Il vise des entreprises artisanales, commerciales ou de services, inscrites au registre du commerce et des sociétés ou au répertoire des métiers, de moins de 20 salariés équivalent temps plein et d'au moins trois ans d'existence.
Pour un projet ESS structuré sous forme associative, ce dispositif n'est donc pas mobilisable. Pour une société commerciale ESS répondant aux autres critères, il reste accessible, sous réserve de vérifier l'éligibilité du code NAF auprès de la chambre consulaire choisie.
Le dispositif régional d'aide au développement des TPE, dit DACS2, finance des investissements productifs neufs ou d'occasion de moins de cinq ans, par une subvention fixée à 20 % des dépenses éligibles hors taxes, pour un programme compris entre 30 000 et 130 000 euros, soit une subvention maximale de 26 000 euros, dans la limite des fonds propres de l'entreprise. Il s'adresse à des TPE de moins de 10 salariés équivalent temps plein, avec un chiffre d'affaires consolidé compris entre 80 000 euros et 2 millions d'euros, inscrites au registre du commerce et des sociétés ou au registre des métiers, et disposant d'au moins un exercice fiscal clôturé de 12 mois.
Comme pour Plan Booster TPE, l'inscription au RCS ou au RM conditionne l'accès à DACS2. Cette condition écarte en pratique la plupart des associations, mais reste ouverte à une coopérative ou une société commerciale ESS qui remplit les autres critères de taille et de chiffre d'affaires.
Les dispositifs régionaux présentés ci-dessus financent surtout l'investissement, après la création. Pour amorcer le projet, un porteur de projet ESS, quelle que soit la forme juridique retenue, peut aussi s'appuyer sur un prêt d'honneur. Le prêt d'honneur Initiative Hauts-de-France est un prêt sans intérêts ni garantie personnelle, compris entre 3 000 et 50 000 euros, remboursable sur une période de 3 à 5 ans, accordé après présentation du projet devant un comité d'agrément. Un parrainage et un accompagnement sont proposés en complément du prêt. Ce prêt s'adresse à tout porteur de projet de création, de reprise ou de croissance d'entreprise, sans condition liée à la forme ESS ou non du projet.
Le portail régional des entreprises des Hauts-de-France mentionne également, pour la phase de création, le prêt d'honneur de Réseau Entreprendre Nord et de Réseau Entreprendre Picardie, qui proposent un accompagnement par des chefs d'entreprise, ainsi que la CCI Hauts-de-France, Hauts-de-France Innovation Développement et la direction régionale de Bpifrance à Lille. Ces réseaux instruisent et accordent leurs propres financements, de façon indépendante du site que vous lisez actuellement, qui ne finance et n'accompagne aucun porteur de projet.
Le crédit vendeur, lui, ne concerne que les projets de reprise : il permet un paiement échelonné d'une partie du prix, dans la limite de 50 % de ce prix, sur une durée de 1 à 3 ans, à un taux négocié entre le cédant et le repreneur. Pour un projet de reprise d'une entreprise ESS existante, ce mécanisme peut compléter l'apport et un prêt bancaire, au même titre que pour n'importe quelle reprise commerciale ou artisanale.
En 2025, selon l'Insee, 71 783 entreprises ont été créées dans les Hauts-de-France, soit 1 870 de plus qu'en 2024, une hausse de 2,7 % sur un an, inférieure à la hausse nationale de 4,9 %. Ces chiffres couvrent l'ensemble des créations d'entreprises, tous secteurs confondus, et ne portent pas spécifiquement sur l'ESS, mais ils donnent une mesure du rythme de création dans la région. Les micro-entrepreneurs représentent les deux tiers des créations régionales, avec 48 522 créations en 2025, en hausse de 3,7 %, tandis que les créations de sociétés progressent de 3,3 % et que les entreprises individuelles classiques reculent de 4,7 %.
Au niveau national, les créations d'entreprises atteignent un niveau record de 1 165 800 en 2025, en hausse de 5 % après une hausse de 6 % en 2024. Dans les Hauts-de-France, le Nord concentre à lui seul la moitié des créations régionales, et la hausse régionale est portée par les services aux entreprises et par le commerce, le transport, l'hébergement et la restauration. La région enregistre aussi 4 999 défaillances d'entreprises en 2025, en hausse de 3,6 %, une évolution proche de la moyenne nationale.
Ce contexte régional, où la création d'entreprise progresse mais où les défaillances augmentent aussi, rend d'autant plus utile un accompagnement comme Starter ESS avant de se lancer, pour objectiver la viabilité du modèle économique avant de chercher un financement.
Un porteur de projet ESS en Hauts-de-France avance généralement selon une séquence assez proche de celle de toute création d'entreprise, avec quelques points d'attention propres au champ de l'ESS.
La première étape consiste à contacter l'un des treize opérateurs territoriaux de Starter ESS, dont la liste figure sur la fiche du Guide des aides, pour engager le diagnostic ante-création. Ce diagnostic permet aussi d'identifier, en parallèle, si le projet peut prétendre à d'autres aides, comme START'UP si la structure prévoit de créer au moins trois emplois, ou à un prêt d'honneur pour compléter l'apport personnel. Si le projet consiste en une reprise, par exemple la reprise d'une entreprise d'insertion ou d'une coopérative existante, le calendrier se complique encore, avec les étapes propres à toute cession d'entreprise : évaluation, négociation, financement, signature de l'acte de cession.
Pour les dossiers déposés auprès de la Région, comme START'UP, DACS2 ou Plan Booster TPE, chaque fiche du Guide des aides rappelle que les aides régionales ne sont pas de droit : il s'agit de régimes d'aides non automatiques, instruits au cas par cas par les services régionaux, puis présentés à l'organe délibérant pour décision dans le cas de DACS2.
La première erreur consiste à construire un plan de financement en intégrant une aide régionale sans avoir vérifié que la forme juridique envisagée y est éligible. Une association qui prévoit un budget avec le Plan Booster TPE ou DACS2 risque une déconvenue, puisque ces deux dispositifs ciblent des entreprises inscrites au RCS ou au RM.
La deuxième erreur consiste à engager des dépenses avant le dépôt du dossier de demande d'aide. Pour START'UP comme pour DACS2, seuls les investissements postérieurs au dépôt du dossier sont éligibles, afin de respecter le caractère incitatif de l'aide régionale.
La troisième erreur, plus spécifique au champ de l'ESS, consiste à sous-estimer le temps nécessaire à la structuration du modèle économique avant de chercher un financement. Un diagnostic insuffisant lors de la phase ante-création se répercute ensuite sur la crédibilité du dossier auprès d'un comité d'agrément ou d'un service instructeur régional.
Au-delà de Starter ESS, la Chambre de Métiers et de l'Artisanat Hauts-de-France propose, en partenariat avec la Région, un accompagnement appelé Maison des Entrepreneurs. Il comprend des ateliers d'information collective sur les bases de la création ou de la reprise d'entreprise, puis un parcours personnalisé d'appui et de conseil défini selon les besoins du porteur de projet, et un suivi post-création jusqu'à la troisième année d'existence de l'entreprise. Ce programme s'adresse à tout porteur de projet, pas seulement aux projets ESS, mais il peut utilement compléter l'appui apporté par Starter ESS, notamment pour les questions pratiques de gestion ou d'outils numériques.
La CCI Hauts-de-France propose de son côté des formations à la création et à la reprise d'entreprise, et intervient aussi, avec la CMA, dans la mise en œuvre du Plan Booster TPE. Ces chambres consulaires, comme les réseaux Initiative Hauts-de-France, Réseau Entreprendre Nord ou Réseau Entreprendre Picardie, instruisent et accordent leurs propres dispositifs d'accompagnement ou de financement, indépendamment de ce média, qui se limite à informer sur ce que ces structures proposent.
Pour un porteur de projet, le point de départ reste souvent le même, quelle que soit la forme ESS envisagée : prendre contact avec un opérateur Starter ESS pour objectiver le projet, puis explorer en parallèle les dispositifs de financement complémentaires, en gardant à l'esprit que chaque aide régionale répond à des critères précis qu'il faut vérifier avant de bâtir un plan de financement définitif.
| Dispositif | Public visé | Nature de l'aide | Repère chiffré |
|---|---|---|---|
| Starter ESS | Porteurs de projet ESS et entreprises ESS de moins de 3 ans | Accompagnement gratuit, ante-création et post-création | Environ 400 porteurs et entreprises accompagnés chaque année, via 13 opérateurs territoriaux |
| START'UP | Entreprises avec siège et activité en Hauts-de-France, création d'au moins 3 emplois | Subvention d'investissement sur un programme de 3 ans | De 15 000 à 200 000 euros, plafonnée à 80 % des investissements éligibles, bonus REV3 de 5 000 euros possible |
| Plan Booster TPE | Entreprises artisanales, commerciales ou de services, moins de 20 salariés ETP, hors associations | Accompagnement-conseil CCI ou CMA | Premier accompagnement pris en charge intégralement par la Région et le FEDER |
| DACS2 | TPE de moins de 10 salariés ETP, inscrites au RCS ou au RM, CA entre 80 000 euros et 2 millions d'euros | Subvention d'investissement productif | 20 % des dépenses éligibles HT, subvention maximale de 26 000 euros |
| Prêt d'honneur Initiative Hauts-de-France | Tout porteur de projet de création, reprise ou croissance | Prêt sans intérêts ni garantie personnelle | De 3 000 à 50 000 euros, remboursable sur 3 à 5 ans |
Plusieurs dispositifs régionaux qui financent de l'investissement, comme le Plan Booster TPE, excluent explicitement les associations de leur champ d'éligibilité, et d'autres, comme DACS2, exigent une inscription au registre du commerce et des sociétés ou au répertoire des métiers que les associations n'ont en général pas. Starter ESS lui-même ne finance pas d'investissement matériel, seulement de l'accompagnement. À la date de rédaction, chaque fiche du Guide des aides rappelle que les aides régionales ne sont pas de droit : il s'agit de régimes d'aides non automatiques, instruits au cas par cas, dont les conditions peuvent évoluer. Vérifiez toujours la fiche à jour avant de monter un dossier.
Un projet ESS bien préparé dans les Hauts-de-France ne se résume pas à cocher une case ESS sur un formulaire : il s'agit de construire un modèle économique viable, de choisir une forme juridique adaptée avec un professionnel, puis de combiner Starter ESS avec les dispositifs de financement réellement accessibles à cette forme juridique. C'est cette combinaison, plus que le dispositif isolé, qui fait la différence entre un projet qui tient debout après trois ans et un projet qui s'essouffle faute d'avoir anticipé les bonnes sources de financement.
Starter ESS est l'accompagnement régional gratuit dédié aux porteurs de projet de l'économie sociale et solidaire et aux entreprises ESS de moins de trois ans, avec une phase ante-création puis un suivi post-création, mis en œuvre par treize opérateurs territoriaux en Hauts-de-France.
Pour replacer ce sujet dans l'ensemble des démarches, retrouvez notre guide pour créer son entreprise dans les Hauts-de-France.

Elle suit les dispositifs d'aide à la création et à la reprise d'entreprise dans le Nord et le Pas-de-Calais, et décortique les règles qui changent d'un territoire à l'autre.